Les Secrets de François Truffaut

Par Olivier Rajchman

Publié le 04 avril 2023 à 21h25

Nulle trace de secrets révélés dans cette enquête sur le prince de la Nouvelle Vague. Mais une rafraîchissante promenade buissonnière sous les ombrages d’un cinéaste dont elle retrouve le classicisme frondeur. Partant de ce jour de mai 1959, où Truffaut offrit au Festival de Cannes Les Quatre Cents Coups d’une jeunesse transcendée par le cinéma, l’évocation remonte à l’enfance difficile de l’artiste. Puis, elle égratigne la statue du commandeur, avec plus de tendresse que ne le fit le cinéaste critique à ses débuts envers ses prédécesseurs. Il faut entendre Nicolas Bedos louer le « cinéma sentimental et libre » de Truffaut, avant de relever « le rythme un peu boiteux de certains de ses films et le jeu ­parfois approximatif des acteurs ».

Ce charme truffaldien se retrouve dans les contradictions pointées ici et là, de son rapport à la politique et à la morale — qui entraînera sa rupture avec Godard — jusqu’à sa vision des femmes. Séducteur compulsif, plaçant ses muses sur un piédestal, Truffaut fut-il féministe ou misogyne ? Bien qu’intelligemment traitée par les journalistes interrogés ainsi que par Brigitte Fossey, qui joua sous sa direction, la question prend beaucoup de place et escamote d’autres dimensions clés. Ainsi, du lien du cinéaste à ses pères de substitution (André Bazin, Jean Renoir) jusqu’à la découverte de son père biologique et d’une judéité qui permet une relecture du Dernier Métro, son plus grand succès. Tel quel, ce portrait de Truffaut reste toutefois un bonheur qui s’ouvre et se clôt sur l’image bouleversante de Jean-Pierre Léaud, son alter ego pour l’éternité.


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Les 400 coups


Drame 1959 avec Jean-Pierre Léaud, Claire Maurier, Albert Rémy 1h 40min TTTT Bravo

Les Quatre Cents Coups sorti en 1959. Premier film du jeune réalisateur, il révèle celui-ci au grand public et devient un film emblématique de l'essor de la Nouvelle Vague.

Le film raconte l'enfance difficile d'Antoine Doinel, ses relations avec ses parents, ses petits larcins qui lui vaudront d'être enfermé dans un centre pour mineurs délinquants.

À la fin des années 1950, Antoine Doinel, 12 ans, vit à Paris entre une mère peu aimante et un beau-père futile. Il plagie la fin de La Recherche de l'absolu lors d'une composition de français. L'instituteur lui attribue la note zéro au grand désarroi d'Antoine, qui voulait, en fait, rendre hommage à son auteur préféré.

Antoine Doinel éprouve une admiration fervente pour Honoré de Balzac. Il lui a consacré un autel mais la bougie éclairant le portrait de l'écrivain met le feu à un rideau. Le début d'incendie provoque la colère de son beau-père. De plus, malmené par un instituteur autoritaire et injuste, il passe, avec son camarade René, de l'école buissonnière au mensonge.

Puis c'est la fugue, le vol d'une machine à écrire et le commissariat. Ses parents, ne voulant plus de lui, le confient à l'« Éducation surveillée ». Un juge pour enfants le place alors dans un centre d'observation où on le prive même de la visite de son ami René. Profitant d'une partie de football, Antoine s'évade. Poursuivi, il court à travers la campagne jusqu'à la mer.

La spirale dans laquelle le jeune Antoine s'enfonce est décrite avec sensibilité mais aussi avec fermeté. Elle est rendue d'autant plus touchante que le film montre parallèlement la constante bonne volonté maladroite du héros.

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Tirez sur le pianiste


Série noire drôle et fatale. 1960  1H32  TTT Très bien. Avec Charles Aznavour, Marie Dubois, Nicole Berger, Michèlz Mercier, Alex Joffé, Boby Lapointe


Deuxième film de Truffaut, inspiré par David Goodis. A la fois romantique et dérisoire, c'est l'histoire de Charlie Kohler, pianiste dans un bar, rattrapé par son passé..

De cette intrigue typiquement noire, Truffaut tire un film en équilibre instable, « un conte de Perrault », disait-il. Les deux gangsters kidnappeurs se révèlent à la fois ­inquiétants et burlesques. Et la musique nostalgique d'Aznavour est aussitôt suivie par celle de Boby Lapointe. Comme le note François Guérif dans Le Guide du ­cinéma chez soi : « Les critiques américains ont souvent reproché à Goodis ses ruptures de ton, allant jusqu'à suggérer qu'il écrivait de façon automatique, sous l'influence de l'alcool. Ces cahots dans l'écriture, Truffaut a su les rendre dans une mise en scène d'une absolue liberté, jouant sur les ruptures de ton les plus brutales. »

Et puis il y a la façon formidable de filmer les rapports homme-femme, notamment lors de la longue marche nocturne de Charles ­Aznavour et de Marie Dubois, où chacun esquisse un geste vite réprimé, que l'autre ­attendait pourtant. — Pierre Murat

C'est dans le bar où leur frère, Charlie Kohler, joue du piano, que Momo et Ernest, poursuivis par deux gangsters hargneux, trouvent refuge. Charlie refuse d'être mêlé aux sombres affaires de ses frères, mais arrange la situation, puis regagne son petit logement où l'attend une voisine généreuse...

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                                                                                 ------------------------>Film


L'homme qui aimait les femmes

Comédie dramatique 1977 2H  TTT Très bien - Avec : Charles Denner, Genevieve Fontanel, Brigitte Fossey, Leslie Caron, Nelly Borgeaud, Nathalie Baye, Valérie Bonnier, Jean Dasté



Bertrand travaille dans une entreprise d'aérodynamisme. Il est autant amoureux des femmes que de l'idée même de la femme. Pour lui, toutes les femmes sont uniques et irremplaçables. Elles sont à la fois l'œuvre de sa vie, son inspiration artistique et la cause de sa mort.

Mais si Bertrand est un amoureux insatiable, c'est que deux profondes blessures sont restées en lui. Celle que lui a causé une mère distante et froide, tout d'abord, et dont il ne parviendra jamais à se faire aimer. Et puis celle que lui a infligée Véra en le quittant. Depuis que Véra est partie, Bertrand erre de femme en femme, les collectionnant pour ne pas s'y attacher. Une passion qu'il résume par ces mots :

« Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie. »

Au fil du temps, il se souvient de toutes les femmes qu'il a rencontrées. Il compose un livre à partir de tous ses souvenirs. Ce livre sera publié après sa mort. Son titre est L'Homme qui aimait les femmes.

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                                                                                 ------------------------>Film


La femme d'à coté

Drame 1H56 -1981- TTTT Bravo - Avec Gérard Depardieu, Fanny Ardant, Henri Garcin, Michèle Baumgartner, Véronique Silver, Roger Van, Olivier Becquaert, Nicole Vauthier

Bernard et Arlette Coudray mènent une vie tranquille dans la commune de Bernin, proche de Grenoble, jusqu'à l’installation de nouveaux voisins, Philippe et Mathilde Bauchard. Il s'avère que Bernard et Mathilde se connaissent déjà : sept ans auparavant, ils ont vécu une passion amoureuse et tumultueuse. Inévitablement, les anciens amants vont renouer leur relation, dans le secret, alors que la vie sociale se poursuit normalement.

Jusqu'au jour où Bernard, coincé dans une situation inextricable et poussé par la jalousie, avoue publiquement lors d’une réception, son amour pour Mathilde. Après cet éclat, le temps aidant, les deux couples poursuivent leurs vies respectives, mais Mathilde, dépressive, doit être hospitalisée ; on incite Bernard à lui rendre visite.

Philippe Bauchard déménage afin d'éloigner Mathilde à la fin de son traitement. Mais un soir, Bernard voit une lumière dans la maison voisine, censée être inoccupée. Mathilde est là qui l'attend. À peine ont-ils commencé à faire l'amour que Mathilde saisit un pistolet et abat Bernard d'une balle dans la tête avant de retourner l'arme contre elle. La police et une ambulance arrivent sur les lieux.

Le leitmotiv du film est exprimé par Mme Jouve (qui déclare avoir connu, elle aussi, une douloureuse histoire d'amour) :  « Ni avec toi, ni sans toi. »

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                                                                                 ------------------------>Film


                                        Vivement dimanche

Le dernier en 1983, film policier 1H50  TTT Très bien avec Fanny Ardant, Jean-Louis Trintignant, Jean-Pierre Kalfon, Philippe Laudenbach, Caroline Silhol, Anik Belaubre



Julien Vercel, un agent immobilier de Hyères, dans le sud de la France, chasse le canard près d'un lac quand un homme nommé Massoulier, qui chasse également, est tué par un coup de fusil. Julien retourne à son bureau mais est interrogé par la police. Il apprend qu'il est le suspect principal de l'enquête car, en quittant le lac et en voyant la voiture de Massoulier, il a éteint les lumières et fermé la portière sur laquelle il a laissé des empreintes.

De plus, Massoulier et Marie-Christine, la femme de Julien, entretenaient une liaison secrète. Quand il la confronte le soir venu, elle ne nie pas l'adultère. Marie-Christine se cache quand Julien est emmené au commissariat de police pour une deuxième entrevue avant d'être relâché avec l'aide de Clément, son avocat, qui le reconduit chez lui.

Entre-temps, Marie-Christine a été assassinée. Julien est maintenant coupable aux yeux de la justice. Pour prouver son innocence, il veut se rendre à Nice, où sa femme travaillait, mais Barbara Becker, sa secrétaire, lui dit qu'elle devrait plutôt faire les recherches à sa place, ce qu'elle fait quand son patron s'endort dans son bureau. Barbara est secrètement amoureuse de Julien qui semble y être indifférent.

Tandis que Julien se cache dans son bureau au lieu de se rendre à la police, Barbara enquête sur le passé de Marie-Christine à Nice. Elle y apprend que la véritable identité de Marie-Christine est Josiane Kerbel, qu'elle était mariée à un joueur de jeux d'argent et qu'elle avait perdu une grande somme d'argent en pariant à une course hippique. Elle s'était donc mariée à Julien pour éviter les dettes. Les pistes mènent Barbara et Julien à un cinéma, une boîte de nuit et dans les allées sombres où règne la prostitution.

Pendant ce temps, le patron de la boîte de nuit et la caissière du cinéma sont assassinés. Barbara et Julien attaquent un homme suspect qu'ils pensent coupable et qui s'avère être le frère de Massoulier. Barbara rend visite à l'avocat de Julien et découvre la vérité : Clément et Marie-Christine étaient amants. Il a tué Massoulier à la demande de Marie-Christine et a tué cette dernière car elle ne voulait pas divorcer de Julien. Barbara et un agent de police organisent un piège pour l'attraper, mais Clément, l'ayant compris au dernier moment, se suicide dans une cabine téléphonique après avoir tout avoué au téléphone. Julien et Barbara sont mariés par le frère de Massoulier qui est homme d'église.

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