François Ozon


Cinéma

"Mon crime" : François Ozon dans la droite ligne des comédies des années 1930


Pierre Murat

Publié le 04/03/23

Nadia Tereszkiewicz et Rebecca Marder ensemble à l’affiche de « Mon crime », de François Ozon. Photo : Carole Bethuel/Mandarin & Compagnie/FOZ/Gaumont/Scope Pictures/France 2 Cinéma/Playtime Production

LE CLIN D’ŒIL DE PIERRE MURAT - Le nouveau film de François Ozon, en salles le 8 mars, s’inspire d’une pièce de boulevard des années 1930. Y compris pour ses acteurs, qu’il laisse cabotiner en hommage aux comédies déjantées de l’époque. La preuve par cinq.

Le nouveau film de François Ozon (en salles le 8 mars) s’inspire à nouveau d’une pièce de boulevard. 8 Femmes (d’après Robert Thomas) se situait dans les années 50. Potiche (d’après Barillet et Grédy), dans les années 70. C’est en pleines années 30 que se déroule Mon crime (d’après Louis Verneuil et Georges Berr), comédie bouffonne où une jeune apprentie comédienne (Nadia Tereszkiewicz), flanquée de sa colocataire avocate (Rebecca Marder), acquiert la célébrité en revendiquant un meurtre qu’elle n’a pas commis. Prétexte pour le réalisateur de dynamiter les apparences, ce qu’il a fait dès son premier long métrage (Sitcom, 1998), mais aussi dans Une nouvelle amie (2014) ou Frantz (2016).

Comme Robert Aldrich (Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?, Le Démon des femmes), cinéaste dont il se rapproche bien plus que Fassbinder qu’il revendique haut et fort, Ozon aime l’artifice, la caricature. Et il parsème ses films de « monstres » : le père-rat de Sitcom, toutes les héroïnes de 8 Femmes, l’enfant de Ricky, l’adolescent de Dans la maison (2012), la perturbée de L’Amant double (2017). Ce n’est pas, contrairement à ce que pensent ses détracteurs, un cinéaste tranquille. Ni même gentil. Son habileté – sa politesse, peut-être – permet simplement qu’on ne soit pas trop découragé devant le miroir qu’il nous tend.

Dans Mon crime, Fabrice Luchini imite Louis Jouvet, l’une de ses idoles. Et Dany Boon prend l’accent de Raimu. Ils surjouent tous un peu, comme il se doit. C’est qu’en ce temps-là – les années 30 – les comédiens osaient cabotiner : on les aimait même pour ça ! Les réalisateurs inventaient des formes nouvelles et les scénaristes imaginaient des intrigues délirantes qui, parfois, osaient désarçonner le public. « Une invention permanente. Une richesse constante de l’écriture. Et une attention merveilleuse aux acteurs », disait de cette époque le cinéaste Paul Vecchiali.

On y tournait en noir et blanc, certes – ce que ne supportent pas les cinéphiles d’aujourd’hui. Et le son, l’image n’y étaient pas toujours impeccables. Mais, en dépit de nanars ahurissants de bêtise, l’audace y régnait. Surtout dans les comédies, très souvent déjantées. La preuve…

“Mauvaise Graine”, de Billy Wilder (1934)

Pierre Mingand et Danielle Darrieux dans « Mauvaise graine », de Billy Wilder et Alexander Esway. Compagnie Nouvelle Commerciale

Commençons par le film que vont voir les deux héroïnes de François Ozon. En 1934, arrivé de Berlin où il fuit le nazisme et en partance pour Hollywood où il deviendra l’assistant d’Ernst Lubitsch, puis le réalisateur qu’on connaît (Assurance sur la mort, Certains l’aiment chaud, La Garçonnière), Billy Wilder, de passage en France, tourne Mauvaise Graine. L’histoire de jeunes gens qui, pour survivre, se livrent à un fructueux trafic de voitures. Avec son complice Alexandre Esway (qui cosigne le film), Wilder le débutant fait déjà preuve d’une belle inventivité : il filme dans les rues (comme, bien plus tard, les cinéastes de la Nouvelle Vague) et place la caméra tout près de ses héros pour d’immenses travellings que la production ne peut lui payer… Rapprochement inattendu : la scène où, dans un garage, de gentils arnaqueurs maquillent les autos dérobées rappelle une séquence du récent Rodéo de Lola Quivoron : deux roues au lieu de quatre et un vocabulaire différent, certes, mais une commune rage de vivre. Et le même romantisme…

“Drôle de drame”, de Marcel Carné (1937)

Louis Jouvet et Michel Simon dans « Drôle de drame », de Marcel Carné. Productions Corniglion-Molinier

Qui oserait, en 2023, imaginer un délire pareil : un vieil amateur de mimosas (Michel Simon) écrivant, sous pseudo, des romans noirs sanglants… Son épouse (Françoise Rosay), prête à simuler un kidnapping pour préserver l’honneur de la famille… Un évêque (Louis Jouvet), père de douze enfants, partant, déguisé en Écossais, à la recherche d’une photo compromettante que lui a dédicacée une danseuse nue… Un serial killer logique (Jean-Louis Barrault) : « Moi, j’aime les animaux. Mais les bouchers tuent les animaux. Alors, je tue les bouchers »… Sans oublier un laitier philosophe (Jean-Pierre Aumont) : « Il paraît que vous embrasser fait partie des choses qui ne se font pas. Mais, puisque nous l’avons fait, c’est que ça se fait. Et les choses qu’on a faites, pourquoi ne pas les refaire »… Chahuté à sa sortie, Drôle de drame (dialogué par Jacques Prévert, joliment mis en scène par Marcel Carné) reste, aujourd’hui encore, une impeccable machine infernale. Dont la morale est énoncée par l’un des héros, fatigué de voir les catastrophes burlesques s’accumuler sur sa tête : « À force d’écrire des choses horribles, les choses horribles finissent par arriver »

“Boudu sauvé des eaux”, de Jean Renoir (1932)

Marcelle Hainia et Michel Simon dans « Boudu sauvé des eaux », de Jean Renoir. Pathe/Sirius

Monsieur Lestingois (Charles Granval) est un « bon bourgeois », comme on disait chez Molière. On l’aurait qualifié d’homme des Lumières au XVIIIᵉ siècle. Et de militant écolo au XXIᵉ… Quand il voit un clochard se jeter dans la Seine, il le repêche et l’installe chez lui et le voit, tel l’ange de Théorème, y séduire tout le monde, jusqu’à sa femme. Si ce n’est que Boudu (Michel Simon), contrairement à Terence Stamp chez Pasolini, est moche, grossier, qu’il jure comme un charretier et qu’il crache sur tous les dogmes moraux et sociaux… Fidèle à sa philosophie macronienne (« Chacun a ses raisons »), Jean Renoir donne raison à Lestingois le généreux de recueillir chez lui le noyé et à Boudu le libertaire de fuir Lestingois à la nage vers le seul univers qui lui convienne : l’utopie. Le film reste toujours un brûlot d’une rare insolence et d’une parfaite incongruité.

“Avec le sourire”, de Maurice Tourneur (1936)

Marie Glory et Maurice Chevalier dans « Avec le sourire », de Maurice Tourneur. Les Films Marquise

L’un des films les plus cyniques qui soient… Au plus bas de l’échelle sociale, Victor (Maurice Chevalier) arrive à Paris, sans le sou, mais avec sa jolie petite gueule sympa. Au plus haut, Ernest (André Lefaur), directeur d’un grand music-hall, est un homme intègre, mais bourru. Comme on a la vie de son caractère, au terme de péripéties rondement menées par Maurice Tourneur, Ernest le bourru deviendra clodo. Et Victor, directeur de l’Opéra. Il n’aura fait que magouiller, pourtant. Et dénoncer, menacer, trahir. Oui, mais avec le sourire. Au point de se rendre populaire auprès de ceux-là mêmes qu’il aura dupés… Le crime paie, hélas !

“Battement de cœur”, d’Henri Decoin (1939)

Danielle Darrieux et Julien Carette dans « Battement de cœur », d’Henri Decoin. Cine-Alliance

On avait suivi les deux héroïnes de Mon crime s’en allant voir Mauvaise Graine, parce que l’une était fan de Danielle Darrieux. De toutes les comédies cinglées que la jeune star aligne, à l’époque, la plus réussie est Battement de cœur : elle y incarne une jeune fille, évadée d’une maison de redressement, qui échoue chez un prof de vol à la tire (le génial Saturnin Fabre). Dans sa série Voyages à travers le cinéma français, Bertrand Tavernier, peu avant de disparaître, avait entrepris de réhabiliter Henri Decoin, injustement méprisé, selon lui, et depuis des années… Battement de cœur – la seule comédie qui puisse rivaliser avec les grandes réussites hollywoodiennes – est, en fait, un film à double face. En apparence, c’est un superbe feel good movie où Darrieux étincelle. Mais, en off, si l’on peut dire, Decoin évoque un Paris où l’insécurité règne (dans un bus, l’héroïne chipe l’épingle à cravate d’un diplomate, ce qui précipitera son destin). Où les chômeurs pullulent. Où les sans-papiers abondent. Vision sombre d’un pays en crise, constamment dissimulée sous le charme infini de l’intrigue et de l’actrice…

François Ozon


Voici 3 autres films de François OZON



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8 Femmes 

avec Fanny Ardant, Emmanuelle Béart, Danielle Darrieux,
Catherine Deneuve, Isabelle Huppert

TTT
Très Bien 2002
     

Un meurtre. Elles sont huit qui pourraient avoir tué le maître de maison… François Ozon réunit un casting de rêve pour un huis clos musical à la Agatha Christie. Tendre, mordant, glamour.

Avant tout, le plaisir. La jubilation de voir, par exemple, Isabelle Huppert composer, avec outrance et humour, une vieille fille à lunettes, gourmande et frustrée (gourmande parce que frustrée). Ou Fanny Ardant, toute de rouge et noir vêtue, ôter ses longs gants, reprenant le strip-tease érotique immortalisé par Rita Hayworth dans Gilda.

Et on imagine bien – puisqu’on la partage – la joie de François Ozon d’avoir réuni ses huit comédiennes. Un second rôle (Firmine Richard). Une jeune actrice, Ludivine Sagnier, qu’il avait déjà dirigée dans Gouttes d’eau sur pierres brûlantes. Une légende du cinéma français, Danielle Darrieux, à qui il rend hommage en la plaçant en tête de son générique. Et, en rafale, cinq stars : Deneuve, Ardant, Huppert, Béart, Ledoyen.

Visiblement, ce ne sont pas les personnages de l’histoire qui ont intéressé François Ozon. Mais ces femmes, ces actrices. La fausse réserve de l’une, la fausse insolence de l’autre. Leur démarche. Leurs voix, musicales, s’opposant ou s’épousant.

Le plus souvent, on demande aux comédiens de se glisser dans un rôle. Le réalisateur a exigé le contraire de ses actrices. À elles d’emplir ces silhouettes de leur présence. Ne pas hésiter à s’amuser. À exagérer. À faire en sorte que le spectateur n’oublie pas un instant où il est : dans une salle de cinéma, en train de les contempler, elles, ces actrices qui l’ont fait rêver depuis peu, depuis longtemps, depuis toujours.

On est à cent lieues du réalisme, de la vraisemblance, du naturel. Ozon joue sur la volupté de l’artifice, quand il lui échappe, précisément, quand l’artifice devient une sorte d’art. Entre kitsch et nostalgie. De la rigueur rigolote (mais il en faut, de la rigueur, pour être rigolo).

C’est dire que l’intrigue (inspirée d’un gros succès boulevardier de Robert Thomas) n’a qu’une importance relative. C’est le fameux « MacGuffin » de Hitchcock : un prétexte. Ici, il s’agit d’un meurtre. Dans les années 1950, la veille de Noël, dans une propriété cernée par la neige, survient la jeune fille de la maison. Tout habillée de rose Vichy, elle débarque de Londres, où elle fait ses études. Elle retrouve sa sœur cadette (fan de polars), sa mère (l’élégance même), sa grand-mère (avaricieuse), sa tante (acariâtre), la servante noire qui l’a élevée et une nouvelle femme de chambre, dont les yeux baissés cachent mal l’insolence.

Passé les effusions, on s’étonne que le maître de maison ne se soit pas manifesté. Il en est bien incapable, puisqu’il gît dans son lit, un poignard dans le dos. Horreur ! Terreur ! Les fils du téléphone sont coupés : impossible de prévenir la police. Comment, d’ailleurs, pourrait-elle agir, puisque la neige isole la demeure, chaque minute davantage.

Pourtant, dans le parc solitaire et glacé, quelqu’un s’avance vers les femmes terrorisées, serrées l’une contre l’autre : serait-ce l’assassin qui revient sur le lieu du crime ? Ouf, il s’agit de la sœur du défunt, alertée, comme c’est étrange, par un coup de fil anonyme. Elle prétend ne pas connaître la maison, mais, comme c’est bizarre, elle se dirige droit vers la chambre de son frère... L’assassin ne peut qu’être l’une des huit femmes, c’est sûr. Elles vont se livrer, contraintes et forcées, à une enquête à la Agatha Christie, chacune révélant un mobile pour avoir tué...

Comme il s’agit d’abord d’un jeu, François Ozon accentue – à mort, si l’on ose écrire – la sophistication. Ainsi, chacune des actrices est-elle, dès le départ, définie par une fleur. Puis par une couleur (rouge pour Ardant, vert pour Huppert, mauve pour Darrieux). Pour accentuer l’irréalisme, il a l’idée d’interrompre l’action par de petits intermèdes chantés et dansés. C’est Ludivine Sagnier qui ouvre le feu en interprétant un succès yéyé, Papa, t’es plus dans l’coup, avec Catherine Deneuve et Virginie Ledoyen en chorus girls : ça vaut le coup d’œil ! Puis c’est au tour d’Isabelle Huppert, tragique soudain, entre deux répliques vipérines, d’entonner le Message personnel, composé par Michel Berger pour Françoise Hardy.

Un humour plaisant, inhabituel en France, un humour noir, très british, imprègne le film. D’où ce dialogue incongru entre Deneuve et Ludivine Sagnier, sa fille : « Va chercher ta grand-mère dans le placard de la cuisine. – Mamie ? Dans le placard ? – Oui, elle y finit sa sieste ! »

Dans ces moments, on retrouve – après le lyrisme apaisé de Sous le sable – Ozon, l’affreux jojo, le pourfendeur de la morale réac qu’avaient révélé son moyen métrage, Regarde la mer, et son premier long, Sitcom. Mais Sitcom cédait à une provoc potache assez niaise, et l’hommage au surréalisme y était appuyé et maladroit. La réussite de 8 Femmes tient à ce que les secrets monstrueux de cette famille sont révélés en une série de coups de théâtre si désarmants qu’ils en deviennent presque naturels. Ozon n’y va pourtant pas de main morte : crapuleries, extorsions, homosexualité, meurtre, inceste, sadomasochisme (avec le personnage d’Emmanuelle Béart, étonnante en femme de chambre soumise à l’autorité d’une maîtresse dont elle voudrait être l’amante).

Ces fantasmes deviennent burlesques par leur outrance même. Aussi savoureux que les références cinématographiques dont le metteur en scène parsème son film. Ce salon aux tapisseries insensées évoque, de toute évidence, les intérieurs cossus du Hollywood de jadis. Le grand escalier, ne serait-ce pas, cadré autrement, celui de Soupçons, de Hitchcock ? La coiffure de Catherine Deneuve évoque Lana Turner dans Le Mirage de la vie, de Douglas Sirk. Son portrait sur le mur, c’est presque Laura, de Preminger. Et les bottines d’Emmanuelle Béart rappellent Le Journal d’une femme de chambre, de Buñuel.

Mais, loin de plomber le spectateur, toutes ces allusions ajoutent au spectacle. Elles le vivifient, le magnifient. Ozon s’est rabattu sur la pièce de Robert Thomas – qu’il a vigoureusement remaniée – parce qu’il n’avait pas réussi à racheter les droits de Femmes, de George Cukor. Film brillantissime qui reposait sur une méchanceté suave et une misogynie assumée. Ozon a gardé la méchanceté suave, mais remplacé la misogynie par une tendresse discrète.

Ces femmes sont seules. Parce que les mecs, ils sont morts ou partis. Mais vivants et présents, on devine qu’ils ne valaient pas bien cher. Lâches, vils, voleurs, trompeurs. Comment s’étonner, alors, que certaines essaient de trouver, auprès d’autres femmes, des sentiments que les hommes ne peuvent leur donner. Ce qui nous vaut une des plus belles séquences du film : des jambes qui s’emmêlent, une bagarre finissant par un baiser. Une étreinte ébauchée, sur un tapis sang et noir, entre une femme vêtue de « rouge optimiste » (teinte signée Christian Dior) et une autre, dans une robe magnifique, d’une couleur au nom curieux : « bleu canard »...

Que nous disent-elles, ces femmes, lorsqu’elles se révèlent par les chansons qu’elles entonnent ? « À quoi ça sert de vivre libre, si on vit sans amour ? » : ça, c’est Fanny Ardant. « Je suis seule à crever, préparez votre temps. Pour vous, j’ai tout le mien » : c’est Isabelle Huppert. « Pour ne pas vivre seule, je t’aime et je t’attends pour avoir l’illusion de ne pas vivre seule » : Firmine Richard. « Je te pardonne et toi, jamais » : Deneuve.

La morale de cette histoire immorale, c’est Danielle Darrieux qui la donne. Elle qui a toujours su, en une fraction de seconde, passer de la gaieté fragile à la gravité légère glisse à l’oreille de Ludivine Sagnier, sa petite-fille de cinéma : « Le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard. Que pleurent, dans la nuit, nos cœurs à l’unisson. » Des vers d’Aragon, mis en musique par Brassens. Et résonne, alors, cette chanson superbe : Il n’y a pas d’amour heureux...

Et puis Darrieux, la plus âgée de la troupe, conduit la plus jeune vers ses partenaires. Elles nous font face, ces huit femmes, elles nous regardent longuement. Enfermées dans cette demeure asphyxiante. Entre elles. En elles-mêmes. Sans issue de secours. Sans espoir. Huit femmes seules, à jamais.

Synopsis

Dans une demeure bourgeoise cernée par la neige et privée de tout contact avec l'extérieur, on attend le réveil du maître de maison. Gaby, sa femme, Augustine, sa belle-soeur, Mamy, sa belle-mère, Catherine, sa fille cadette, madame Chanel et Louise, les deux domestiques, attendent l'arrivée de Suzon, la fille aînée. Catherine décide d'aller réveiller son père et le trouve poignardé dans son lit. Terrorisée, elle redescend et annonce la nouvelle au reste de la maisonnée. Après avoir évoqué diverses hypothèses, les sept femmes comprennent que le coupable se trouve dans la maison. Sur ce arrive Pierrette, la soeur de la victime, qui a été alertée par un coup de fil anonyme...




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Potiche
avec Catherine Deneuve, Gérard Depardieu,
 Fabrice Luchini, Karin Viard

TTT Très Bien 2010

Genre : Madame casse la baraque.

Dans le registre de l'adaptation théâtrale aux couleurs vintage, François Ozon s'était déjà illustré avec Gouttes d'eau sur pierres brûlantes (de Fassbinder) et Huit Femmes (de Robert Thomas), films-maisons de poupées, joyeusement coupés du monde. Cette fois, il tire d'une pièce de boulevard sur les années 1970 une chronique tout imprégnée de la campagne présidentielle de 2007 - en version fantasmée. Une pauvre petite dame riche (Deneuve, qui réussit à jouer à la Deneuve un rôle identifié à Jacqueline Maillan) se fait rabrouer par son mari pdg et remettre à sa place : nulle part, ni dans la cuisine, ni dans les dîners d'affaires. Jusqu'au jour où, arrêt maladie du patron oblige, elle prend la tête de l'entreprise. Et, bien sûr, sait mieux s'y prendre avec tout le monde : les grévistes, les syndicats, bientôt les électeurs locaux, mais aussi la secrétaire du mari - il faut dire que lui est du genre « Casse-toi, pauv' con »...

Cette joie insurrectionnelle qui consiste à dégommer une figure paternelle au pouvoir abusif - ou caricaturalement masculine et arrogante - irrigue la filmo du cinéaste depuis son premier long, Sitcom. Mais Ozon va plus loin que la pièce dont il s'inspire. Au fur et à mesure que l'ex-potiche prend de l'assurance et conquiert des responsabilités, le film laisse entrevoir, au risque d'en hérisser certain(e)s, une dérive possible du pouvoir féminin : l'avènement de l'hypermaman, se proposant de materner la terre entière. Par là, Potiche est plus étrange qu'il n'y paraît, brouillant audacieusement le scénario, efficace et payant, de la revanche d'une blonde.

Synopsis

Dans une province française bourgeoise, en 1977, Robert Pujol, un riche industriel, dirige son usine de parapluies avec fermeté. Sa femme, Suzanne, est l'archétype de la bonne épouse, fidèle, soumise et effacée. Un soir de rébellion, les salariés de l'usine se mettent en grève et séquestrent Robert. Suzanne fait alors appel à Maurice Babin, un élu communiste et son ancien amant, pour débloquer la situation. Mal en point, Robert fait une attaque et Suzanne n'a pas d'autre choix que de prendre les commandes de l'usine. Avec l'aide de ses deux enfants, Joëlle et Laurent, de la secrétaire de son mari, Nadège, et sous les conseils de Maurice, elle s'avère être une excellente directrice...





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Jeune et Jolie 
avec Marine Vacth, Géraldine Pailhas,
Frédéric Pierrot, Fantin Ravat,
Charlotte Rampling

TTT Très Bien  2013

Genre : rebelle de jour.

Une lycéenne se prostitue. Ce sujet de société, François Ozon le traite très peu comme tel. Les explications affleurent puis se dissipent. L'héroïne n'a pas besoin d'argent. Si ses parents sont divorcés, elle se sait aimée et protégée. Pour cette petite « belle de jour » contemporaine, coucher avec des hommes dans le cadre de rendez-vous monnayés est peut-être une manière de retoucher l'image d'une première étreinte sexuelle tout sauf concluante...

La question du plaisir, ou plutôt de son absence, plane ainsi, constamment. Jeune, jolie et frigide ? Cette hypothèse est la vraie transgression du film, par ailleurs dénué de scènes chocs et de provoc, mais pas de délicatesse. Les quatre titres de Françoise Hardy des années 1960 et 1970, bouffées sentimentales qui émaillent le récit, sont davantage qu'une ponctuation. Le mélange de jeunesse contemporaine et de chansons d'hier crée une drôle de temporalité : un présent déjà au passé. Le défilement rapide et marqué des saisons — tout se déroule en une seule année — ajoute à cette impression de fugacité. D'autant que le cinéma de François Ozon est de plus en plus fluide et élégant, surface presque lisse mais effet tenace. Voir ce superbe mouvement de caméra final, autour de l'héroïne, d'un miroir à l'axe d'une fenêtre : une manière de dire qu'il y a un temps pour se regarder soi et un temps pour regarder vers les autres. — Louis Guichard

Synopsis

Jeune fille de bonne famille, Isabelle est impatiente de vivre sa première expérience sexuelle. Un soir, lors de vacances en famille sur la Côte d'Azur, elle perd sur une plage sa virginité sans éprouver le moindre plaisir. L'automne suivant, dans les beaux quartiers parisiens, cette adolescente de 17 ans décide de vivre une aventure interdite en s'adonnant à la prostitution. Très vite, elle se prend au jeu et multiplie les rendez-vous par Internet. Au fil des saisons, Isabelle fait du sexe son passe-temps. Malgré l'incompréhension de sa famille et de ses amants passagers, la jeune femme choisit de vivre pleinement sa propre sexualité…


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