Charlie Chaplin



Calvero seul dans sa chambre pensant à son succès passé

Les Feux de la rampe

Même si Chaplin reste politiquement actif dans les années qui suivent l'échec de Monsieur Verdoux, son film suivant sur un comédien de vaudeville oublié et une jeune ballerine dans le Londres de l'époque édouardienne est dépourvu de toute signification politique. Les Feux de la rampe est largement autobiographique et fait référence à l'enfance de Chaplin, à la vie de ses parents et à sa perte de popularité aux États-Unis,. Parmi les acteurs figurent plusieurs membres de sa famille, dont ses enfants les plus âgés et son demi-frère, Wheeler Dryden.

Après trois ans de préparation, le tournage commence en . Il adopte un ton bien plus sérieux que dans ses précédents films et parle régulièrement de « mélancolie » en expliquant le scénario à sa partenaire Claire Bloom. Le film est également notable pour la présence de Buster Keaton — dont c'est l'unique collaboration avec Chaplin.

Chaplin décide d'organiser la première mondiale des Feux de la rampe à Londres, où se déroule l'action du film. Quittant Los Angeles, il indique qu'il s'attend à ne jamais pouvoir revenir, chassé par l'Amérique maccarthyste. À New York, il embarque avec sa famille à bord du paquebot transatlantique HMS Queen Elizabeth le . Le lendemain, le procureur général des États-Unis, James McGranery, révoque le visa de Chaplin et déclare qu'il doit se soumettre à un entretien sur ses opinions politiques et sa moralité pour pouvoir revenir aux États-Unis. Même si McGranery indique à la presse qu'il a « un dossier assez solide contre Chaplin », Maland conclut, en s'appuyant sur les documents du FBI rendus publics dans les années , que le gouvernement américain n'a pas réellement de preuves suffisantes pour empêcher le retour de Chaplin ; il est même probable qu'il aurait obtenu un visa s'il en avait fait la demande. Cependant, quand il reçoit un câblogramme l'informant de cette décision, Chaplin décide de rompre tous ses liens avec les États-Unis :

« Que je revienne ou non dans ce triste pays avait peu d'importance pour moi. J'aurais voulu leur dire que plus tôt je serais débarrassé de cette atmosphère haineuse, mieux je serais, que j'étais fatigué des insultes et de l'arrogance morale de l'Amérique. »

Comme tous ses biens sont aux États-Unis, Chaplin ne fait aucun commentaire négatif dans la presse, mais l'affaire fait sensation. Si Chaplin et son film sont bien accueillis en Europe, Les Feux de la rampe sont largement boycottés aux États-Unis malgré des critiques positives. Maland écrit que la chute de Chaplin d'un niveau de popularité inégalé « est peut-être la plus spectaculaire de toute l'histoire de la célébrité aux États-Unis »

Synopsis

Le dernier film américain de Charles Chaplin raconte l'histoire d'un clown de music-hall (Calvero) à la retraite devenu alcoolique qui sauve une jeune danseuse de ballet du suicide (Thérèse Ambrouse, dite Terry). Il l'héberge et découvre qu'elle a développé une paralysie neurasthénique des jambes. Calvero s'occupe d'elle durant sa convalescence et tente de la convaincre de la nature psychologique de sa paralysie, tout en la stimulant à marcher de nouveau et à reprendre confiance en elle.

La carrière du vieux clown est à plat, mais après quelques semaines de cohabitation avec Terry avec qui il prétend être marié pour sauver les apparences, l'occasion se présente à lui de retourner sur scène. Son impresario lui a finalement trouvé un contrat, car plus personne ne voulait de lui. Il prend son courage à deux mains et reprend la scène, à jeun cette fois. Il découvre vite qu'il n'est plus aussi amusant et ce retour est un échec. Calvero retourne chez lui désespéré et humilié. C'est au tour de Terry de lui faire la leçon d'optimisme et de confiance en soi. Dans un accès de conviction à le haranguer, elle retrouve sa capacité à marcher.

Terry se remet rapidement à sa carrière de danseuse et gravit les échelons du succès. Elle en vient à faire engager son vieil ami dans une pantomime où elle tient la vedette. Son compositeur ne lui est pas inconnu: c'est Neville, un amour secret de jeunesse alors qu'il n'était qu'un compositeur sans fortune qu’elle avait secrètement aidé. Mais elle est amoureuse de Calvero et infiniment reconnaissante envers lui. Elle lui avoue alors son amour, demandant même à l'épouser. Sans refuser ouvertement, Calvero est sensible à cette marque d'affection, mais demeure bien conscient de la différence d'âge et de cette impossible idylle. Alors que Terry, au faîte de sa gloire, participe à une fête soulignant son succès, Calvero s'esquive et la quitte.

Terry poursuit une brillante carrière internationale. Quant à lui, Calvero retrouve le bonheur et la sérénité comme musicien de rue avec de vieux amis de beuverie. Il a fait le deuil de sa notoriété et assume pleinement son statut de musicien-mendiant (tramp). Alors qu'il passe le chapeau, il rencontre Neville. Calvero s'empresse de prendre des nouvelles de Terry; il se réjouit d'apprendre qu'elle a une brillante carrière et qu'elle continue de revoir Neville.

Neville a vite mis Terry au courant de sa rencontre fortuite avec Calvero qu'elle s'empresse de retrouver. Grâce à ses contacts dans le milieu artistique, elle lui organise une gala où Calvero tiendra la vedette. Il s'inquiète de son succès et Terry ménage tous ses efforts pour lui éviter un échec. Le soir du gala, serein, Calvero joue le tout pour le tout: il boit avant le spectacle car il sait qu'il est plus drôle en état d’ébriété.

Le numéro est un triomphe et la salle croule de rire. Il reprend ses anciens numéros solo. La foule en délire demande un rappel. Il présente un duo avec son compagnon de musique de rue, incarné par le légendaire Buster Keaton.

À sa sortie de scène, un malaise cardiaque l'assaille. On le transporte en coulisse d'où il peut admirer Terry danser sur scène alors qu'il meurt.

Dans ce film, le personnage de Calvero n'est pas sans rappeler celui de Charlot. C'est ainsi que Chaplin fait ici ses adieux à son personnage fétiche.


Critique par
Le Bleu du Miroir

La force de vie

Réalisé en 1952, Les feux de la rampe est le dernier film américain de Charlie Chaplin, alors qu’il connaît une situation très troublée. Il est vilipendé dans la presse pour ses prises de positions progressistes et sa critique virulente de la société et du capitalisme, développée dans Monsieur Verdoux (1947). Nous sommes alors en pleine chasse aux sorcières, orchestrée par le sénateur Joseph McCarthy. Chaplin a également à cette époque fait l’objet d’un procès en reconnaissance de paternité. C’est dans ce contexte très compliqué que Chaplin choisit de réaliser ce film à résonance autobiographique.

Le choix de sa ville natale, Londres, du milieu du music hall dont il est issu, qui était celui de ses parents et l’évocation de la misère, de difficultés terribles que sa famille a connues, tout laisse à penser que Chaplin ressent le besoin de se tourner vers son passé, ses origines à cette période tourmentée de sa vie. Le personnage de Terry a d’ailleurs été inspiré par plusieurs femmes importantes dans la vie du cinéaste, dont sa propre mère et sa première épouse.

La noblesse des altruistes

Le film est à la fois beau et cruel. Beau, dans sa description d’êtres altruistes, aux sentiments nobles, purs. Cruel quand il dépeint la vieillesse, la, perte des illusions et le monde du spectacle.

Calvero est un homme qui en aidant Terry, va retrouver de l’énergie et de l’optimisme pour lui-même également. Avant de sauver Terry, il végétait et l’urgence de la situation va être un moteur pour aider l’autre mais aussi pour retrouver un sursaut de vitalité, d’espoir et de dignité. Comme une claque qui réveille ou stimule. Comme celle que le clown donnera à Terry quand celle-ci est prise d’un trac paralysant avant d’entrer en scène. Car ce que ressent Calvero pour Terry n’est pas une pitié condescendante et mortifère mais une compassion énergique et exigeante. Il ne faut pas hésiter à bousculer l’autre pour le faire réagir ou lui faire prendre conscience de sa chance ou de son talent.


La force de vie, l’importance de garder espoir et l’appétit de vivre, malgré les épreuves forment un thème central dans le film. Il y aussi l’idée qu’on peut puiser sa force en aidant l’autre. En convainquant l’autre que la vie vaut la peine d’être vécue, on s’en persuade soi-même également. Et ce, malgré les coups du sort et la noirceur des situations.

Calvero pense toujours à protéger, à préserver l’autre, que ce soit Terry ou son public qu’il ne veut pas inquiéter ; quitte à s’arranger avec la vérité des situations.

Film testament

Le film met en scène, à travers les personnages de Calvero et de Terry, deux êtres blessés mais qui savent malgré leurs souffrances, ou grâce à elles, la valeur des sentiments, de l’amour véritable. Il permit également de réunir pour la première fois à l’écran, lors d’une scène drôle et émouvante, deux grandes légendes du cinéma : Chaplin et Buster Keaton. Ce dernier était alors sur le déclin et celui que beaucoup considéraient comme son rival l’a ainsi invité à partager cette séquence savoureuse. 

À la fois hommage au music hall, évocation désenchantée du déclin et grand mélodrame, Les feux de la rampe ne fut pas le dernier film de Chaplin, malgré ce qu’il croyait à l‘époque, mais c’est sûrement en quelque sorte son film testament, celui où il se livre le plus, tant par l’aspect autobiographique que par sa vision de la vie et des combats à mener. Une sorte de lettre d’adieu d’une grande richesse émotionnelle.

Chaplin est un immense acteur, un grand cinéaste, et l'histoire de sa vie est exceptionnelle. Vous pouvez en prendre connaissance dans cette page à lui consacrée dans Wikipédia, l'Encyclopédie libre du Net.

                                               Bio, sa vie et son œuvre





Les Feux de la rampe

Genre : mélodrame.

A Londres, en 1914. Autrefois clown adulé, Calvero est désormais un homme vieillissant qui noie sa déprime dans l'alcool. Un jour, en rentrant chez lui, il sauve de la mort sa voisine, Terry, une jeune ballerine qui a tenté de se suicider, ne supportant plus la paralysie de ses jambes. Calvero la transporte chez lui et s'occupe d'elle pendant un temps. Elle reprend peu à peu goût à la vie et confiance en elle...

Avec ce film bouleversant et gai à la fois, Chaplin prend définitivement congé de Charlot et passe le relais à la jeunesse. Même si deux autres films suivront encore - Un roi à New York et La Comtesse de Hongkong -, une page se tourne. Davantage que dans n'importe quel film, Chaplin se dévoile, en faisant le bilan d'une vie, en convoquant les souvenirs londoniens de sa jeunesse, en parlant de son métier. On est touché par la délicatesse et la pureté des sentiments liant Calvero à Terry (la gracieuse Claire Bloom), et par la présence de Keaton, géant du muet, rival à l'origine d'une longue guerre de goût. L'artiste, dégagé et souverain, finit par atteindre une force et une richesse émotionnelles avec la plus grande des simplicités.

Synopsis

A Londres, un artiste de music-hall vieillissant, Calvero, autrefois célèbre, sauve du suicide sa jeune voisine, Terry. Ancienne ballerine, elle ne supporte plus la paralysie de ses jambes. Entre les deux personnages, de l'amitié puis de l'affection s'installent peu à peu. Mais Calvero déprime...

Mélodrame (2h17) - 1952 - Etats-Unis
avec Charles Chaplin, Claire Bloom,
Nigel Bruce, Buster Keaton
TTTT  Bravo

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